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Page mise à jour le 08/20/2006
16/03/2005La distinction entre l'homme et l'animal,
une question cruciale
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Par Laurent Berthod
Ingénieur agronome
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distincthommeanimal.pdf
La différence de statut moral que nous accordons, en Occident, aux êtres humains et aux animaux est évidente pour beaucoup de gens. Les éleveurs savent très bien qu'envoyer une vache à l'abattoir ou tirer des coups de fusil sur son voisin pour le tuer, ce n'est pas la même chose. Je voudrais étayer cette évidence avec quelques arguments « raisonnables ». En effet ce point de vue est malheureusement de plus en plus souvent battu en brèche dans l'opinion et dans la sensibilité contemporaine. J'appellerai ensuite l'attention sur le développement de discours par lesquels on met les hommes et les animaux sur le même plan. Je mettrai en évidence les conséquences « logiques » mais choquantes auxquelles ils conduisent.
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A l'appui de mon discours je serai conduit à citer des textes ou des auteurs qui ont contribué au développement de la pensée philosophique et morale en Occident. Je ne fais pas de ces citations des arguments d'autorité. Je veux simplement rappeler des idées qui ont structuré notre monde, idéologique, juridique et politique, qui a constitué le terreau sur lequel notre développement économique et social s'est épanoui. Je ne cherche évidemment pas à les imposer comme des vérités indiscutables, mais à essayer de comprendre ce qu'ils ont induit dans l'histoire de la pensée et dans l'Histoire tout court. Je souhaite aussi donner à réfléchir aux conséquences possibles ou éventuelles de l'abandon de ces idées.
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Requiem pour les animaux abattus
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Le point de départ de ma réflexion est un évènement intervenu au printemps 2001, peu après la phase la plus aiguë de la crise de l'ESB, durant l'épidémie de fièvre aphteuse qui a touché massivement la Grande Bretagne et mobilisé la vigilance partout ailleurs dans l'Union Européenne.
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Aux Pays-Bas, à l'occasion de l'abattage préventif des animaux dans la lutte contre l'épidémie, une habitante de ce pays à convoqué à une manifestation de protestation contre le massacre des innocents. Sept poètes ou chanteurs ont chacun composé un requiem pour les animaux abattus.
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Ces requiems ont été écrits à la demande de l'association de défense des animaux "Varkens in nood", qui défend une agriculture moins intensive.
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On peut lire dans un de ces poèmes :
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"Essaie d'imaginer : la vache est ton chat,
Le mouton ou le porc ton chien
Le bêlement un aboiement
Le meuglement un miaulement
Comme nous regretterions, comme nous serions en deuil",
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Dans un autre, il est écrit :
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"Les hommes peuvent aller chez le médecin quand ils sont malades, les animaux non. Non, les animaux nous les abattons par millions d'un coup".
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Une marche silencieuse a été appelée à Amsterdam en mémoire des animaux abattus dans le cadre des mesures de précaution contre l'ESB et la fièvre aphteuse.
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Le massacre des innocents est un passage célèbre du Nouveau Testament. Un requiem est une prière dite pour la paix de l'âme d'un défunt. Ceci est donc une affaire religieuse. Aussi me suis-je remémoré trois versets de la Genèse.
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Ancien Testament, Genèse 1, versets 26, 27 et 28
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Certains me diront : « Pourquoi aller chercher des références dans l'Ancien Testament ? Il a coulé de l'eau sous les ponts depuis. Et puis il n'y a plus grand monde pour le lire. » Je répondrai : « Pour comprendre une civilisation, une culture, on ne peut se passer de revenir à ses textes fondateurs. Même s'ils ne sont plus guère lus, ils ont nourri cette culture pendant des générations. Les élites, c'est-à-dire les théologiens, les philosophes, les moralistes, les juristes, les savants, les artistes, les écrivains, les poètes, ont lu et relu ces textes, les ont disséqués, les ont incorporés dans leur vision du monde, qui s'est diffusée ainsi à la société tout entière et aux générations successives, y compris les nôtres.
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Je ne sais si on lit encore beaucoup Confucius en Chine, mais il est difficile de comprendre la société chinoise d'aujourd'hui si on ignore Confucius. Nous ne lisons pas nous-mêmes Confucius, mais si des spécialistes de la Chine nous parlent de celle-ci sans l'avoir lu, c'est qu'ils n'ont pas vraiment fait leur boulot, et que ce sont de piètres spécialistes, car la Chine contemporaine est encore marquée par la pensée de Confucius
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Pour l'Occident, il en est de même. Et quand bien même les militants de l'anticléricalisme s'en défendent, quand bien même les militants catholiques traditionalistes s'en défendent tout autant - bien qu'en sens inverse - les valeurs modernes d'égalité, de démocratie et des Droits de l'Homme sont issues des valeurs véhiculées par le Christianisme, même s'il a fallu plusieurs siècles pour qu'elles s'épanouissent.
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« Dieu dit : “ faisons l'homme à notre image, à notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail ; enfin sur toute la terre, et sur tous les êtres qui s'y meuvent. ” Dieu créa l'homme à son image ; c'est à l'image de Dieu qu'il le créa. Mâle et femelle furent créés à la fois. Dieu les bénit en leur disant : “ Croissez et multipliez ! Remplissez la terre et soumettez-la ! Commandez aux poissons de la mer, aux oiseaux du ciel, à tous les animaux qui se meuvent sur la terre ! ” »
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"Qu’il domine sur les poissons de la mer,
sur les oiseaux du ciel,
sur le bétail. "

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Bien entendu, il n'est pas nécessaire d'être croyant pour comprendre que ces versets fondent à la fois l'éthique de l'occident judéo-chrétien et son rapport à la nature, y compris les animaux.
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En posant l'homme, et seulement l'homme comme créé à l'image de Dieu, ce texte affirme la dignité de l'humanité et de la seule humanité. En effet seul l'homme a Dieu pour interlocuteur et il est donc le seul porteur de la dignité que confère ce dialogue avec Dieu.
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En creux il nous suggère qu'élever l'animal à la dignité de l'homme reviendrait à ramener l'homme à l'animalité.
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C'est ainsi que le principe de la seule dignité humaine est celui qui a fondé l'humanisme occidental. C'est un axiome philosophique ou religieux. On peut ne pas y adhérer mais il ne peut trouver ni ses fondements ni sa contradiction dans la science, car il relève de la morale.
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Cette singularité de la dignité humaine a longtemps été reprise par la tradition théologique et philosophique de l'Occident, à quelques rares exceptions près.
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C'est bien elle qui, en Occident, est à la source du caractère sacré de la personne humaine, de l'humanisme moderne, de la démocratie et des droits de l'homme.
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La Philosophie
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Après la religion, examinons ce que nous disent de la morale deux grands philosophes des Lumières, très importants dans la genèse de la pensée moderne : Jean-Jacques Rousseau et Emmanuel Kant.
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Rousseau : la compassion et la pitié
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Dans la pitié sensible, physique, je communique immédiatement avec l'autre, car la souffrance de l'autre :
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je sais que je pourrais aussi l'éprouver,
je ne l'éprouve pas et j'éprouve le plaisir de ne pas souffrir.
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La pitié a donc deux composantes égoïstes :
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la peur de souffrir,
le plaisir de ne pas souffrir.
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Fonder une morale sociale sur la pitié n'a donc rien d'utopique.
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Kant : la dignité
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La dignité réside dans le rapport de l'homme à la loi morale :
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une loi qu'il se donne à lui-même,
à l'égard de laquelle il éprouve un sentiment de respect,
qu'il découvre en soi et qu'il ne peut pas effacer.
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Respecter la dignité de l'autre homme, c'est respecter :
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le respect qu'il ne peut pas ne pas avoir pour la loi morale en lui, fût-il le pire criminel,
le respect qu'il ne peut pas ne pas éprouver pour lui-même par suite de la présence en lui de la loi.
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Quelles sont les conséquences de ces deux positions ?
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La compassion
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Si la compassion est fondée sur la ressemblance, cette ressemblance n'est pas proprement humaine.
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En effet, s'il s'agit de prendre soin des êtres vivants qui souffrent, alors les animaux ont autant de droit à notre compassion que les hommes.
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Elle tend donc à affaiblir la conscience et le sentiment de la spécificité humaine.
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La dignité
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L'homme ne peut être utilisé par aucun homme simplement comme moyen. Il faut toujours qu'il le soit comme une fin.
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La dignité est un fondement commun et universel de l'humanité.
Elle élève l'homme au dessus des autres êtres.

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C'est en cela que consiste sa dignité, grâce à laquelle il s'élève au-dessus des animaux, lesquels ne sont pas des êtres humains et peuvent en tout état de cause être utilisés.
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Pour nous résumer, aux yeux de Kant, c'est l'aptitude au sens moral de tout homme qui fonde la dignité humaine et c'est le respect en chaque être humain de cette dignité qui fonde notre commune, universelle et distinctive humanité.
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Cette position philosophique rejoint d'ailleurs l'observation de bon sens que seul l'homme se pose la question morale, c'est-à-dire celle du bien et du mal, ce qui le distingue radicalement de l'animal.
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On peut remarquer que ce principe énoncé par Kant au XVIIIe siècle ne sera institué en norme juridique qu'en 1948, par la Déclaration universelle des droits de l´homme, dont l'article premier est ainsi rédigé:
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« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »
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En effet, la position philosophique de Kant, à savoir que l'homme est le seul être moral, a beau relever du bon sens, elle est moins spontanée que la compassion.
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Elle exige un plus haut niveau de réflexion et de conscience.
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Pourquoi ?
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Les bases neurobiologiques de la compassion
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Lorsque nous voyons quelq'un en train de faire un geste,

nous nous imaginons en train de faire le même geste.
Des études ont montré que lorsque nous voyons quelqu'un faire un geste, nous nous imaginons en train de faire le même geste, et que nous n'en sommes pas conscients.
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Les zones du cerveau activées lorsque nous voyons les gestes effectués par une autre personne recouvrent partiellement celles qui sont activées lorsque nous faisons nous-mêmes ces gestes.
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Autrement dit, une partie de notre cerveau imagine l'accomplissement de l'action dont nous sommes témoins, bien que ce soit inconsciemment et que la séquence motrice soit inhibée. (Les nourrissons semblent avoir le même système moins l'inhibition finale, ce qui les amène à imiter les autres.)
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Cela pourrait peut-être expliquer ce résultat expérimental surprenant : en regardant simplement les autres pratiquer un sport, on fait des progrès dans ce même sport, pas autant que ceux qui s'entraînent aussi pour de bon, malheureusement. C'est cependant pourquoi le visionnage de cassettes est entré dans l'arsenal des méthodes des entraîneurs sportifs.
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On a maintenant pu montrer que la perception de la douleur est prise en charge par une structure spécialisée du cerveau.
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La structure du cerveau qui traite l'expérience de la douleur d'autrui, recouvre en partie celle qui traite de la douleur que l'on ressent soi-même.
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Le fait que le spectacle de la douleur provoque en nous des émotions spécifiques résulte d'une stimulation de ce système.
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Si la compassion fait partie de ces émotions spécifiques, alors la morale de la compassion a de beaux jours devant elle, car elle aurait un fondement neurobiologique. Je ne veux pas dire par là que la compassion soit un sentiment à rejeter. Je veux signifier qu'en rester au niveau de la compassion est « limité et limitant ». Si devant une situation de souffrances on en reste à la seule compassion et qu'on n'envisage pas, à l'aide de la raison et de l'intelligence, les moyens efficaces d'y mettre fin, on risque d'être conduit à bien des bêtises. Sans compter les situations dans lesquelles il faut peser le moindre mal. En effet, comme chacun sait « l'enfer est pavé de bonnes intentions ». Si par ailleurs la compassion conduit à mettre sur le même plan les hommes et les animaux, on se prépare les pires catastrophes morales, comme nous le verrons plus loin.
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La science
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L'éthologie
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Que nous disent les éthologistes, c'est-à-dire les observateurs des comportements animaux et humains, à propos des différences entre homme et animal ?
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La fonction impérative ou injonctive du langage sert à exprimer une demande.
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En plus de cette modalité impérative, les mots, mais aussi les gestes, peuvent être dotés d'une fonction déclarative.
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L'homme, très précocement, entre 9 et 12 mois, appelle l'attention de son entourage sur des évènements rares, exceptionnels, de l'environnement proche. Les animaux jamais ou presque jamais, pourtant pour cela ils n'ont pas besoin du langage.
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Ainsi, quand un enfant de deux ans s'écrie en le montrant du doigt : « Avion! », c'est pour indiquer à son entourage :
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- qu'il a vu un objet,
- que cet objet est un avion,
- qu'il sait le désigner,
- qu'il souhaite que l'autre regarde.
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Autrement dit, l'enfant communique pour partager son intérêt pour un objet, une action ou une situation, en dehors de tout contexte de demande.
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La fonction déclarative du langage est utilisée pour apporter une information sur le monde et l'échanger avec autrui.
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Seul l'homme fait usage du mode déclaratif du langage.
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Les animaux, y compris des chimpanzés que l'on a entraînés à l'utilisation de symboles graphiques, font un usage exclusivement injonctif des signaux. Cet usage est d'ailleurs largement suffisant pour faire face aux nécessités biologiques de la reproduction, de la recherche de nourriture ou encore de l'évitement des prédateurs.
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Un caractère est sélectionné non parce qu'il est bénéfique pour l'espèce mais parce qu'il est bénéfique pour l'individu.
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Le langage humain, qui appelle l'attention des autres sur un objet ou un évènement, est altruiste. Pourquoi a-t-il été sélectionné ?
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L'homme est un animal politique. On peut dire que sa niche écologique est la politique, c'est à dire les stratégies d'alliance.
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Dans toutes les sociétés, lorsque les règles de politesse le permettent, l'homme cherche à prendre la parole, à se faire écouter, à faire reconnaître sa compétence oratoire et sa pertinence. Car il veut être reconnu pertinent pour être choisi comme allié.
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Comme il y a une « lutte pour la vie » il y a une sorte de « lutte pour la pertinence ».
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L'origine de la « tchatche » en somme !
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On pourrait aussi parler des différences de comportement entre l'homme et l'animal le plus proche de lui, le chimpanzé. Cela mène assez loin.
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Disons seulement quatre choses :
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Le chimpanzé aussi est un animal politique, mais chez lui les alliances se nouent sur la base de la force physique.
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Un chimpanzé, lorsqu'on lui barbouille une tache sur la face et qu'il se regarde dans un miroir, essaye de l'effacer en portant la main à son visage et non sur le miroir. Chez les animaux, seuls les grands singes sont capables de cette performance. On a tendance à l'interpréter comme l'embryon d'une conscience réflexive.
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Un chimpanzé perçoit qu'un congénère le regarde. Mais il se désintéresse absolument de ce qu'un de ses congénères en regarde un troisième : il ne regarde pas un congénère regarder un autre congénère.
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Un chimpanzé est capable de s'intéresser à ce qu'un des ses congénères « pense » de lui. Mais il est incapable de se représenter ce que voudrait dire : que pense Jojo de ce que pense Lulu de moi ? (En toute rigueur il vaudrait mieux remplacer le mot « penser » par le mot « percevoir »). L'homme, quant à lui, est capable de se poser ce genre de question jusqu'au cinquième degré au moins, certains scientifiques pensent même, jusqu'au septième.
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La biologie
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L'homme moderne se distingue des autres mammifères et des autres primates par un retard dans le développement de la taille du cerveau.
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L'homme naît avec un cerveau très immature. A la naissance le cerveau humain représente à peine 25 % de sa taille adulte.
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Il n'atteint 80 % de sa taille adulte qu'à l'âge de quatre ans.
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Sa croissance se poursuit au moins jusqu'à l'âge de 10 ans. C'est durant cette longue période que l'enfant, interagissant avec le monde extérieur, acquiert des capacités cognitives complexes, notamment le langage.
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Les autres primates présentent un modèle très différent de développement cérébral.
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Chez le chimpanzé, le volume du cerveau représente déjà à la naissance la moitié de celui de l'adulte et sa croissance est pratiquement terminée en deux ans.
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La différence de patrimoine génétique entre l'homme est le chimpanzé, qui ne porte pourtant que sur 1,6 % des gènes, a donc des conséquences très importantes, en terme de développement cérébral, mental et comportemental. Je recommanderai donc de nous méfier des argumentaires qui s'appuient sur la faiblesse de leur différence génétique pour inférer des conclusions morales ou juridiques tendant à assimiler les grands singes aux hommes.
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Conclusion
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Les développements de la science moderne nous confirment ce qu'a dit le philosophe René Descartes au XVIIe siècle :
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- Contrairement aux animaux, l'homme est doué de la parole et de la raison.
- Les animaux ne font qu'obéir à leur nature - aujourd'hui on dirait « instinct » plutôt que nature.
- Seul l'homme dispose du libre-arbitre.
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Malgré ce que beaucoup de gens croient, par erreur, Descartes n'a pas dit que les animaux étaient des machines insensibles, qui ne souffrent pas. Il a dit que si l'on voulait comprendre le fonctionnement du corps humain ou animal, il fallait y appliquer les méthodes de la science, et le considérer comme une machine. Descartes se réfère à la machine comme modèle, car la mécanique était à peu près la seule science de la nature déjà bien assise de son temps. En fait, il posait ainsi les principes intellectuels indispensables au développement de sciences telles que l'anatomie ou la physiologie animales.
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L'Utilitarisme
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Jeremy Bentham est né à Londres le 15 février 1748 et mort dans cette ville le 6 juin 1832. Son nom est associé à la doctrine de l'utilitarisme et au principe du "plus grand bonheur pour le plus grand nombre".
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Le principe de Bentham est le principe de l'utilité, sa morale est une morale utilitaire. Il proscrit tout service qui ne doit rien rapporter à celui qui le rend, sa morale est égoïste. Mais, par des observations bien conduites, il montre qu'il ne peut y avoir de bonheur individuel sans bonheur social. Il donne donc des règles qui canaliseront et limiteront l'égoïsme étroit et aveugle qui tournerait contre lui-même.
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Bentham conseille donc la bienfaisance intelligente et éclairée, l'amitié qui nous concilie la faveur des autres hommes et contribue à notre bonheur, en un mot tout ce qui peut augmenter nos plaisirs et diminuer nos peines. Et le principe de la morale nous permet précisément de savoir exactement quelles sont les actions qu'il faut faire et celles qu'il faut éviter. Nous n'avons pour cela qu'à procéder à l'évaluation arithmétique des plaisirs. L'arithmétique des plaisirs, telle est la science nouvelle que Bentham veut substituer aux anciennes morales issues de l'arbitraire et de l'autorité.
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Bentham, élargit l'utilitarisme à tous les êtres sensibles. A propos des animaux, il écrit en 1789 : «La question n'est pas : peuvent-ils raisonner ? Ni : peuvent-ils parler ? Mais bien : peuvent-ils souffrir ?».
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Bentham pose que s'il faut minimiser la souffrance et maximiser le bien-être de tous les êtres susceptibles d'éprouver du plaisir et de la douleur, il n'y a aucune raison de s'en tenir aux seuls êtres humains : « Le jour viendra peut-être où le règne animal retrouvera ses droits qui n'auraient pu lui être enlevés autrement que par le bras de la tyrannie. Les Français ont déjà réalisé que la peau foncée n'est pas une raison pour abandonner sans recours un être humain aux caprices d'un persécuteur. Peut-être finira-t-on un jour par s'apercevoir que le nombre de jambes, la pilosité de la peau ou l'extrémité de l'os sacrum sont des raisons tout aussi insuffisantes d'abandonner une créature sensible au même sort ».
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On voit dans cet énoncé poindre l'idée que faire une distinction juridique et morale entre les espèces s'assimile à une sorte de racisme. C'est ce que les utilitaristes modernes appellent le « spécisme », qu'ils combattent, comme on se doit de combattre le racisme !
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Un des représentants de cet utilitarisme moderne auquel nous allons maintenant nous intéresser est Peter Singer, actuellement professeur de bioéthique à l'université de Princeton aux États-unis. Quand on aura examiné un peu plus loin certaines de ses idées, je crois qu'on ne pourra que se féliciter de savoir que sa nomination à ce poste, en 1999, a suscité une controverse.
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Dans une interview à la revue de vulgarisation scientifique « La Recherche », publié en octobre 2000, on peut lire des déclarations de Peter Singer dont je laisserai juge le lecteur.
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« Placer l'existence de l'être humain sur un plan supérieur à celui de l'existence des animaux est une attitude profondément ancrée dans la religion. Il n'y a en effet pas d'autre moyen de justifier cette supériorité de l'espèce humaine que d'invoquer l'immortalité de l'âme, ou toute autre forme de statut privilégié de l'homme dans le dessein divin. »
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(On a vu, avec Kant, qu'il n'en est rien. Penser que l'homme est le seul être à disposer de l'aptitude au sens moral ne nécessite absolument pas de croire à quelque statut particulier que ce soit dans le dessein divin. De nombreux philosophes matérialistes et athées admettent cette aptitude au sens moral du seul être humain. Les gens ordinaires - je veux dire par là qu'ils ne sont pas spécialement versés dans la philosophie - incroyants sont doués du même bon sens commun que les croyants, l'admettent et le savent tout aussi bien que les philosophes matérialistes. Dans la vie de tous les jours ils portent des jugements moraux sur le comportement de leurs voisins, pas sur celui des vaches ou des tigres.)
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« Ce qu'il faut, c'est se demander quelles capacités chez un être vivant sont moralement significatives. La capacité de ressentir du plaisir ou de la souffrance me semble être une composante essentielle de la réponse. A l'évidence, elle n'est pas le propre de l'homme. Prenez dès lors un principe moral que je tiens pour fondamental, celui de l'égalité de considération des intérêts. Ce principe doit s'appliquer à l'ensemble des êtres possédant cette capacité à souffrir, quelle que soit l'espèce à laquelle ils appartiennent. De même que nous nous refusons aujourd'hui à négliger les intérêts d'un être humain en raison de son sexe ou de la couleur de sa peau, nous devons cesser de ne pas prendre en compte les intérêts d'un être vivant simplement parce qu'il n'est pas de notre espèce. »
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Mais, pour Peter Singer, les intérêts ne sont pas tous égaux. C'est seulement leur prise en considération qui, à égalité d'intérêt, doit être égale.
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« Je ne dis pas qu'un babouin a le même intérêt à continuer à vivre qu'un être humain, cela dépend en fait de l'être humain. Si ce dernier possède le sens de son existence dans le temps, ce que j'appelle avoir une vie biographique et pas seulement biologique, alors oui, on peut dire que cet être humain a un plus grand intérêt à continuer à vivre. »
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« Rationalité, autonomie, mais aussi capacité au langage, capacité de « réciprocité », la liste de ce qui fait le propre de l'homme selon les philosophes serait longue ! Mais toutes ces descriptions s'appliquent-elles à un enfant de trois mois ou à un individu dans un coma dépassé ? Évidemment non... ».
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« Un chimpanzé ou un cochon, par exemple, se rapproche bien plus du modèle d'être autonome et rationnel qu'un nouveau-né. »
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« La doctrine du caractère sacré de la vie humaine n'est plus défendable. C'est une doctrine profondément ancrée dans la tradition judéo-chrétienne, selon laquelle l'être humain, et lui seul, possède un statut moral spécial. En raison de ce statut privilégié, enlever la vie à un être humain est en soi un acte moralement condamnable, quelles que soient les circonstances, car toute vie humaine est considérée comme d'égale valeur. »
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L'interviewer : « Pouvez-vous préciser dans quelles circonstances est valable le jugement : tuer un nouveau-né handicapé n'est pas équivalent d'un point de vue moral à tuer une personne, très souvent, il n'y a rien là de mal ? »
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« Il est valable lorsque le nouveau-né présente des handicaps tels que sa vie, autant que puissent en juger ses parents, ne pourra être une vie satisfaisante. Mais ce n'est pas moi qui vais vous spécifier quelle vie est satisfaisante ou non. Ce jugement appartient aux parents, éventuellement en concertation avec des médecins. Quand un handicap détecté avant la naissance est sévère, on autorise l'avortement : l'embryon, à juste titre, n'est pas encore considéré comme une personne pleine et entière. Mais le nouveau-né peut-il l'être davantage ? Je ne le pense pas. On doit donc aussi autoriser de mettre un terme à la vie d'un nouveau-né qu'on découvre, à la naissance ou peu après, porteur d'un fort handicap. »
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L'interviewer : « Mais un tel argument soulève la difficulté de décider à quel moment un nourrisson devient une personne ! »
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« C'est en effet le vrai problème ! La phrase que vous avez citée reste d'ailleurs valable si vous enlevez le mot handicapé : je ne pense pas que tuer un nouveau-né soit jamais équivalent à tuer une personne. Par personne j'entends un être capable de raison et possédant notamment ce sens de son existence dans le temps dont nous avons parlé. Cela étant dit, la question du passage de l'état de nouveau-né à celui de personne demeure. Ce passage est bien évidemment progressif. Mais on peut au moins affirmer que dans le premier mois de son existence, un nouveau-né n'est pas une personne. Un mois me semble donc un délai raisonnable à accorder aux parents pour décider si leur bébé doit continuer à vivre (sic) ».
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Monsieur Peter Singer, éminent défenseur du droit des animaux, dont il pense que leur reconnaissance constitue un grand progrès moral pour l'humanité, nous propose donc ici de revenir 2000 ans en arrière, lorsque le père de famille romain avait le droit « d'exposer » ses enfants à la naissance, c'est-à-dire de les laisser mourir sur la place publique ou dans la nature.
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En 1993, s'appuyant sur l'existence de capacités intellectuelles communes à l'homme et aux grands singes, Peter Singer et Paola Cavalieri, ont présenté le projet d'étendre les droits de l'homme aux chimpanzés, gorilles et orangs-outangs, projet intitulé « Club des égaux ».
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Ce qui est le plus inquiétant n'est pas que Monsieur Peter Singer défende ses thèses. C'est :
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1° Qu'il soit enseignant dans une grande université américaine parmi les plus prestigieuses.
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2° Qu'une revue comme « La Recherche » manifeste assez régulièrement de l'intérêt pour ses idées et lui offre ses colonnes pour les exprimer. Les thèses de Monsieur Peter Singer n'ont rien, mais absolument rien, à voir avec la science. Ce sont des idées purement morales. La Recherche n'est pas une revue de morale ni de philosophie (sauf lorsqu'il s'agit de philosophie de la Science). Il n'y a donc aucune raison pour que cette revue n'ouvre pas aussi souvent ses colonnes au Pape ou au Dalaï Lama qu'à Monsieur Peter Singer !!!
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3° Que le projet « grands singes » soit soutenu par des intellectuels comme Edgar Morin.
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Ce qui m'inquiète aussi c'est qu'on verra plus loin que ces idées font des émules chez des « philosophes » Français, que l'INRA embauche pour donner à réfléchir à ses chercheurs sur le sens de leurs programmes de recherche !
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Où peuvent conduire les dérives de l'utilitarisme et de l'idée même du droit des animaux
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L'anthropomorphisme
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L'utilitarisme débouche sur l'idée que les animaux ont des droits. Les juristes sont pour le moins partagés sur l'idée que des êtres appartenant à des espèces sans libre arbitre puissent être des sujets de droit. On voit en effet difficilement un animal signer un contrat, revendiquer des droits et voter pour des représentants chargés d'instituer et de défendre ces droits !!! Par ailleurs on voit difficilement comment les animaux seraient susceptibles de se voir opposer la réciprocité d'un droit, c'est-à-dire une obligation !!!
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Cela n'a pas empêché, en vertu de la compassion que nous devons à tout être vivant susceptible de souffrir et de mourir, qu'une déclaration universelle des droits de l'animal soit proclamée le 15 Octobre1978.
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- Son article premier est un charabia qui veut tout dire et son contraire. Remarquons d'ailleurs que les premiers à ne pas respecter l'article premier sont les animaux eux-mêmes !
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Article premier.
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Tous les animaux ont des droits égaux à l'existence dans le cadre des équilibres biologiques.
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Cette égalité n'occulte pas la diversité des espèces et des individus.
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Que veut dire « dans le cadre des équilibres biologiques » ? S'agit il là d'un concept moral, juridique, scientifique ?
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- Son article 2, en l'absence de précisions, ne veut pas dire grand-chose.
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Article 2.
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Toute vie animale a droit au respect.
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- Son article 3, dans ses deux premiers points, ne fait que reprendre des obligations faites aux humains dans beaucoup de législations nationales et, dans son point 3, semble donner une dimension quasi religieuse à la mort animale. Remarquons d'ailleurs que ce point trois fait partie des droits que les animaux eux-mêmes sont les premiers à ne pas respecter.
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Article 3.
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1. Aucun animal ne doit être soumis à des mauvais traitements ou à des actes cruels.
2. Si la mise à mort d'un animal est nécessaire, elle doit être instantanée, indolore et non génératrice d'angoisse.
3. L'animal mort doit être traité avec décence.
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Cependant même les défenseurs les plus acharnés des animaux reconnaissent que ne peuvent être sujets de droit que les animaux ayant un niveau suffisant de perception de leur être et que des intérêts différents impliquent des droits différents.
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Si seuls certains animaux sont des sujets de droit, qui définit lesquels le sont et lesquels ne le sont pas ? Pas les animaux eux-mêmes, mais les hommes, bien évidemment. Et cette définition est susceptible d'évoluer en fonction de la perception que l'homme a de leur niveau de conscience et de leur capacité de représentation. Cette perception par l'homme n'est pas fondée que sur des connaissances scientifiques, qui sont d'ailleurs en la matière très pauvres. Elle est éminemment susceptible d'évoluer avec la représentation changeante qu'il peut en avoir. Le tri entre les animaux ayant des doits et ceux n'en ayant pas, ou encore l'échelle des droits de chaque espèce en fonction de son degré de conscience, ne peuvent être établis sur des bases objectives. On ne voit pas ce qu'apporte de plus à la cause animale la notion de droit des animaux par rapport à celle de leur protection, sinon d'introduire la confusion dans le droit et les esprits, comme la « morale » de Peter Singer nous le fait pressentir.
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On va voir maintenant jusqu'à quelle niveau de confusion morale et même mentale peut conduire cette idée de droits des animaux.
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Parmi les droits reconnus aux êtres humains figure le droit de légitime défense. On ne voit donc pas ce qui pourrait s'opposer à ce que l'on accorde ce droit aux animaux, du moins aux animaux supérieurs. Le problème c'est que dans beaucoup de situations les animaux ne sont pas en mesure d'exercer ce droit, ce sont donc leur défenseurs qui s'accordent la légitimité de l'exercer en leur nom.
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L'Animal Liberation Front(ALF) est une organisation d'origine britannique fondée en 1976. Elle a été créée par des anciens de l'association britannique de sabotage de la chasse, active dès les années soixante. Elle s'installe aux États-Unis en 1977. En 1982, elle saccage des labos universitaires en Grande-Bretagne et envoie des lettres piégées à des politiques et des scientifiques favorables à la vivisection. De 1990 à 1994, elle commet plusieurs centaines d'actes terroristes aux États-Unis et en Grande-Bretagne.
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En Grande Bretagne en 1999 un journaliste avait réussi à s'infiltrer dans un groupuscule de sympathisants de l'ALF en se faisant passer pour un aspirant sympathisant. Quand son reportage est passé à la télévision anglaise, des membres de l'ALF ont réussi à retrouver le journaliste, l'ont enlevé et retenu prisonnier pendant 48 heures au cours desquelles il l'ont torturé, lui marquant le sigle ALF au fer rouge sur le dos.
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Toujours en Grande Bretagne, en 2004, les militant de l'ALF ou de la milice des droits animaliers, au nombre tout au plus d'une centaine, envoient des lettres piégées, menacent leurs ennemis de les infecter avec le virus du sida. Après avoir fait annuler en janvier le projet de construction d'un laboratoire de recherches médicales à Cambridge à force d'intimidations et de menaces, les extrémistes animaliers s'en prennent maintenant à l'université d'Oxford, qui a prévu d'investir 18 millions de livres dans un projet similaire. Déjà, la compagnie de travaux publics chargée de la construction du laboratoire a annoncé qu'elle abandonnait le projet par peur de représailles sur ses actionnaires. Le gouvernement a décidé de réagir et renforce les pouvoirs de la police contre ces groupes. La City n'est pas en reste : l'Association nationale des fonds de pension, inquiète des répercussions que de telles actions peuvent avoir sur le secteur pharmaceutique, offre une récompense de 25 millions de livres en échange d'informations permettant l'arrestation des activistes « durs ». 300 militants étrangers étaient attendus dans le Kent en octobre, pour un camp d'entraînement où les vétérans de la lutte antivivisection inculqueront aux jeunes générations des techniques de sabotage et d'évasion.
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L'ALF est active en Belgique. En 1994, elle libère à Lommel 38 chiens destinés à des combats canins. En avril 1998 se crée une cellule officielle en Belgique. Neuf véhicules et un bâtiment de réfrigération appartenant à des sociétés spécialisées dans le commerce de viande, sont endommagés à Anvers. Été 1998 : attentats contre six Quick et Mac Do', en région anversoise toujours. En Juillet 1999, incendie d'un camion et d'un bâtiment d'une entreprise de viande. En octobre 1999 : attentat contre un resto quick de Leeuw-St-Pierre. En Janvier 2000 : tentative d'incendie d'un magasin de fourrures à Wilrijk. L'ALF a déjà commis plus d'une cinquantaine d'attentats en Belgique. L'État belge a créé un groupe de travail sur ce groupuscule comprenant gendarmerie et sûreté de l'État.
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Le génocide
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Vers la fin de l'année 2001 j'ai entendu à la radio le philosophe Jacques Derrida, invité pour faire la promotion de son dernier livre écrit avec la psychanalyste Elizabeth Roudinesco, répondre aux questions posées par le journaliste à propos du rapport aux animaux.
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La première question a porté sur l'autorisation ou l'interdiction morale d'écraser des cafards. Jacques Derrida a répondu :
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« Non, il n'y a pas interdiction de tuer quand c'est nécessaire, je demande seulement qu'on éprouve un peu de compassion et de culpabilité ».
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Puis un peu plus tard :
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« Il faudra bien qu'on revoie l'élevage industriel concentrationnaire, qui constitue un véritable génocide animal ».
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Remarquons au passage que Jacques Derrida, qui se prétend philosophe, ne connaît pas le sens de mots simples comme génocide ou élevage, qui sont exactement le contraire l'un de l'autre, puisque le génocide consiste à exterminer une population apparentée par des liens génétiques et que l'élevage, au contraire, perpétue des races animales. On le voit bien : quand une race cesse d'être élevée, elle est « en péril ».
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En outre ce jugement moral sur l'élevage est doublement insultant :
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- à l'égard des éleveurs qui sont ainsi mis dans le même sac que les bourreaux nazis.
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- à l'égard des victimes de l'extermination de la population juive d'Europe par les nazis, dont les souffrances physiques et morales, spécifiquement humaines, et l'assassinat sont mis sur le même plan que la souffrance et la mort animales.
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Un philosophe ne devrait pas utiliser les mots n'importe comment. La philosophie consiste au contraire à apprendre à utiliser les mots avec justesse.
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La mort de Jacques Derrida a été annoncée le samedi 9 octobre 2004. A cette occasion France-Info disait de lui qu'il était le philosophe français contemporain le plus traduit et le plus commenté dans le monde. Que le philosophe français contemporain le plus célèbre, lorsqu'il parle des rapports de l'homme aux animaux, ne sache plus, au sens littéral des mots, ce qu'il dit, ne laisse pas d'inquiéter.
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En juillet 2002, un italien est interviewé sur la même radio a propos du livre qu'il a écrit sur ce qui a précédé la Shoah, c'est-à-dire la tentative d'extermination du peuple juif par les nazis, et qui, sans en être la cause ou pouvoir l'expliquer, était un préalable indispensable a ce qu'elle puisse avoir lieu. Ce sont, nous dit-il, des choses qui ont marqué l'évolution en profondeur des mentalités. Il s'agit d'abord de l'invention de la guillotine, effort de rationalisation, quasi industrielle, de la mise à mort. En second lieu il s'agit des abattoirs, qui au XIXe siècle connaissent une rationalisation industrielle. Ces deux phénomènes sont à rapprocher de la rationalisation et de l'industrialisation des moyens mis en œuvre pour réaliser la Shoah. Ce jour là, dans cette interview, cette personne n'a apporté aucun élément probant en faveur de sa thèse, qui est apparue ne résulter que d'un rapprochement temporel: ceci a eu lieu avant cela, donc il le préparait !
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Au printemps 2003 une polémique s'est déclanchée en Californie à propos d'une campagne publicitaire en faveur des droits des animaux, qui comparait la souffrance des animaux d'élevage à celle des victimes de l'Holocauste Cette campagne s'est attiré les critiques virulentes d'une importante association juive qui a dénoncé la « banalisation » de la Shoah. Le concepteur de la campagne, a affirmé qu'il était juif et qu'il avait perdu plusieurs membres de sa famille dans les camps de concentration nazis. Il a déclaré s'être attendu à ces critiques. « Le fait est que tous les animaux ressentent la douleur, la peur et la solitude. Nous demandons aux gens de reconnaître que ce que les Juifs et d'autres ont connu pendant l'Holocauste est ce que les animaux vivent chaque jours dans les fermes industrielles ».
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Que peut signifier ce rapprochement répété entre l'élevage ou l'abattage des animaux d'un côté et le génocide ou la Shoah de l'autre ? Je crois que cela a sans doute partie liée avec un sentiment qui remonte aux origines de l'humanité. Depuis que l'homme est homme, c'est-à-dire qu'il a quitté l'animalité pour acquérir une conscience réflexive, il a du mal à accepter sa nature de carnivore. Carnivore il est, car omnivore. Cette difficulté à s'accepter tel qu'il est provient sans doute de son profond sentiment de culpabilité d'avoir à tuer un être vivant pour consommer sa chair. Ce sentiment est d'autant plus vif que l'animal est à sang chaud et couvert de poils, c'est-à-dire qu'il lui ressemble.
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C'est bien ce qu'exprime la philosophe embauchée par l'INRA, que nous retrouverons tout à l'heure. Dans un numéro hors série d'octobre 2001 du Nouvel Observateur intitulé « Indignations », on peut lire un article de cette prétendue philosophe, Florence Burgat. Notons au passage que cet article est intitulé « Tueries ordinaires ».
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« Ce sont les animaux de rente, ou animaux destinés à la consommation, qui retiendront mon attention ; parce que leur exploitation dépasse, par l'ampleur (je n'ose pas dire par l'horreur, tant il est impossible de hiérarchiser les souffrances), toutes les autres, mais surtout parce qu'elle est la plus difficile à penser du fait que notre relation avec ces animaux se réduit à l'incorporation de leur chair.
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C'est l'immense écart entre, d'un côté, tant de souffrance et de détresse animales et, de l'autre, l'univers festif de la bonne chère qui m'a frappée comme une aberration, un intenable choc des contraires. »
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Parfois, lorsqu'au repas familial dominical je mange un excellent poulet, que je cuisine souvent moi-même, j'essaye de ressentir le sentiment de culpabilité qu'instillent tous ces beaux discours apparemment compassionnels. Je n'y arrive pas. Ces déclarations et ces discours sont un peu comme l'œil qui était dans la tombe et qui regardait Caïn. Mais Caïn avait tué son frère et malgré tous mes efforts je n'arrive pas à considérer le poulet qui est dans mon assiette comme mon frère. Ce qui me réconforte et doit réconforter les éleveurs, c'est qu'on peut penser que les Américains ne sont pas prêts à renoncer à la dinde de Thanksgiving, ni les Français au foie gras de Noël, ni les Britanniques au gigot dominical à la menthe, ni les uns ni les autres aux joies familiales qui accompagnent la bonne chère (contrairement à notre philosophe à la sensibilité exacerbée, voire infantile !)
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L'INRA s'y met aussi
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Dans le numéro 44, d'octobre 2001, du Courrier de l'environnement, publication de l'INRA, on a pu voir un dessin qui représente un éleveur qui porte un brassard à croix gammée et passe en revue les rangées de cages de poules qui font penser aux châlits des blocs des camps de concentration. Il illustre un article de Florence Burgat, philosophe au service de l'INRA, relatif à la demande sociale concernant le bien-être animal. ...
.....Image publiée dans "Courrier de l'envirronnement", n° 44 (oct. 2001), page 67
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On peut lire dans cet article lequel ressasse par ailleurs les thèses utilitaristes jusqu'à plus soif, tout en les justifiant par l'impératif catégorique de Kant, un comble, si on se souvient que Bentham accusait la morale kantienne d'être purement arbitraire, opposée à la nature et de reposer sur des arguments d'autorité les quelques lignes suivantes :
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« La défense des animaux d'élevage est d'ailleurs apparue tardivement, dans les années 1960, c'est-à-dire avec l'émergence des systèmes d'élevage industriel. La critique, cette fois, ne porte plus seulement sur les mauvais traitements qui se surajoutent inutilement à l'exploitation des animaux, mais sur des systèmes jugés en eux-mêmes cruels, générateurs de souffrance. (…) Dans le contexte des densités industrielles, les mutilations sont devenues, non plus des actes de cruauté (…) mais des actes inhérents au système d'élevage lui-même »
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A la Fédération des Industries Avicoles, qui lui avait fait part de l'étonnement scandalisé de ses adhérents à la lecture de l'article de Florence Burgat et du choc ressenti devant le dessin publié pour l'illustrer, la direction de l'INRA avait répondu en condamnant fermement le dessin, qu'elle avait ordonné de retirer du site internet. En revanche elle défendait l'article, qui avait été présenté aux journées de la recherche porcine de 2001, où il avait été « reçu positivement et discuté avec intérêt ».
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Malheureusement on peut se demander ce qui, au-delà des apparences, est le plus choquant pour les éleveurs : les quelques lignes citées plus haut ou le dessin, qui ne fait, en fin de compte, au cas où nous n'aurions pas compris, que les expliciter : « Puisque les système d'élevage sont devenus concentrationnaires, les éleveurs sont des gardiens de camps de concentration ».
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La thèse de fonds développée par Florence Burgat, notamment dans une brochure de l'INRA publiée en 2001 et intitulée Les animaux d'élevage ont-ils droit au bien-être ? est la suivante:
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Les zootechniciens, vétérinaires et autres chercheurs qui on travaillé la question du bien-être animal se sont contentés de chercher à adapter les animaux aux conditions de l'élevage intensif moderne, sans penser à remettre en cause celui-ci, qui est pourtant par essence source de souffrances pour les animaux. Cette nocivité intrinsèque des systèmes d'élevage intensif pour les animaux est constamment affirmée, mais n'est jamais argumentée.
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Dans cette brochure, à laquelle l'INRA a fait une large publicité, les articles d'autres auteurs (Raphaël Larrère, Jocelyne Porcher) mythifient l'âge d'or, le bon vieux temps, le paradis perdu, où des rapports personnels et bienveillants pouvaient s'établir entre l'éleveur et chacun de ses animaux individuellement. Le « fameux contrat domestique » ! Je n'insisterai pas sur le caractère totalement mythique de telles thèses, qui ne sont d'ailleurs étayées dans lesdits articles sur rien, sinon sur la nostalgie que les pauvres humains que nous sommes avons tous du bon vieux temps,.
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En somme ce fascicule propose de revenir à l'élevage bucolique des porcs du temps des Celtes et aux bœufs de la douce étable de Delphine et Marinette, dans les contes du Chat Perché - dont on oublie d'ailleurs que ces pauvres bêtes n'étaient pas si bien traitées que ça par les «parents», paysans sans beaucoup de cœur et âpres au gain !
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Voilà ce que proposent comme programme de recherche les « philosophes » de l'INRA !!!
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Il n'y a qu'une chose que j'aie envie de dire aux éleveurs, avec beaucoup de tristesse : «L'INRA devrait être votre ami. D'ailleurs il fut un temps où il était votre ami !»
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Heureusement, il y a encore des amis des éleveurs à l'INRA. Malheureusement, ce n'est pas eux qui sont le plus mis en avant.
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Le transport des bovins
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Une modification de la réglementation européenne relative au transport des bovins vient d'être adoptée par le Conseil des Ministres de l'Union Européenne.
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Il faut d'abord savoir que la durée maximale du transport routier actuellement autorisée pour les gros bovins est de 8 heures pour les camions non aménagés et de 29 heures pour les camions aménagés : 14 heures de transport puis 1 heure de pause avec abreuvement et si nécessaire alimentation puis 14 heures de transport. Cette durée peut être prolongée de 2 heures en fonction de la proximité de la destination finale.
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Si le transport est supérieur à cette durée, les animaux doivent être déchargés dans un point d'arrêt agréé où ils pourront être abreuvés, nourris et se reposer pendant au moins 24 heures avant la poursuite du transport.
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Je ne vous infligerai pas la liste des équipements spéciaux dont doivent être pourvu les camions pour les transports de plus de huit heures, cela n'a que peu d'intérêt pour ce que je veux vous montrer.
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Le nouveau projet de directive, à des stades intermédiaires de son élaboration, prévoyait que la durée du transport devait être limité à neuf heures. Elle était ainsi alignée sur la durée maximum prévue pour les chauffeurs ! Si le transport devait durer plus longtemps il devait être interrompu par un repos de douze heures.
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Autant dire que c'était quasiment mettre fin au système économique remarquable qui lie les zones d'herbage du Massif Central français et la plaine du Pô, où le maïs pousse à profusion et où l'on engraisse à faible coût les broutards nés en France.
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Outre cette absurdité sur le plan économique, ce projet ignorait tout simplement les spécificités de la physiologie des bovins.
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Quelles sont ces spécificités ?
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- Les bovins mettent environ 5 fois plus de temps que les humains pour s'habituer à une différence de luminosité ; ils sont donc réticents pour passer de la lumière à l'obscurité et vice-versa.
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- Le spectre des fréquences sonores que les bovins peuvent percevoir est beaucoup plus large que le notre. Ils se conditionnent assez vite à certains sons qui leur deviennent familiers, mais tout bruit inhabituel peut devenir une source d'inquiétude et de stress.
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- L'odorat a un rôle important dans le comportement des bovins qui s'identifient entre eux grâce à l'odeur. Les odeurs connues les rassurent, les odeurs inconnues peuvent les inquiéter voire les exciter.
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- Les troupeaux de bovins sont des groupes sociaux qui reposent sur une hiérarchie sociale forte entre les animaux. Cette hiérarchie, une fois installée, est un facteur de stabilité et un élément de bien-être pour tous les animaux du groupe. Toute perturbation du groupe entraîne une modification de cette hiérarchie et représente donc une source de stress supplémentaire.
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Lorsque l'on connaît ces données de base sur les bovins, on est peu étonné par les résultats d'une expérimentation conduite par l'Institut de l'Élevage concernant leur transport.
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1° Le transport est un événement peu stressant et peu fatigant pour les bovins.
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2° Les animaux restés en bâtiment apparaissent plus fatigués que ceux transportés dans les conditions fixées par la réglementation actuelle. Ceci peut s'expliquer par le fait que les animaux restés en bâtiment expriment plus d'interactions entre eux (chevauchements…) que ceux transportés. Ainsi le transport, dans ces conditions, n'apparaît pas comme un facteur de fatigue supplémentaire.
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3° Les changements physiologiques et comportementaux observés au cours d'un transport de 29 heures ne correspondent pas à des signes de détresse mais plutôt à une adaptation normale à une situation nouvelle pour les animaux.
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4° La nervosité des bovins est plus marquée pendant la première partie du transport, l'adaptation des animaux à ces conditions de transport est assez rapide. La plupart des changements physiologiques indicateurs d'un stress ont lieu pendant les premières heures du transport. Il est donc souhaitable de laisser se dérouler cette phase d'adaptation des animaux plutôt que de les soumettre rapidement à un nouveau stress de déchargement.
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5° Les manipulations des animaux au cours de leur regroupement, de leur chargement dans une bétaillère et de leur déchargement dans un lieu inconnu sont les événements les plus stressants au cours de l'opération de transport. Le déchargement et le rechargement en cours de transport sont des opérations génératrices de stress supplémentaire, qu'il faut éviter le plus possible.
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6° Les animaux sont plus calmes quand la bétaillère roule que quand elle est arrêtée. D'autre part, les interactions entre les animaux sont moins nombreuses quand la bétaillère est en mouvement que quand elle est arrêtée. Pour cela les pauses en cours de transport ne doivent pas être trop fréquentes, les animaux ayant alors plus tendance à s'agiter.
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7° Si le transport est effectué dans des conditions conformes à la réglementation européenne, il est tout à fait acceptable de transporter les bovins adultes pendant des durées de 29 heures, en limitant les pauses et en évitant de décharger les animaux avant leur destination finale.
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Mais les amis des animaux voient les choses à travers leur perception toute humaine du monde : l'anthropomorphisme.
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Finalement la Directive adoptée ne modifie pas dans l'immédiat les temps de transport, mais cette question sera remise sur la table des Ministres dans six ans.
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Les cages à poules
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Une directive européenne de 1999 a établi de nouvelles règles d'élevage pour les poules pondeuses.
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La directive prévoit un système d'élevage au sol ou en volière, avec ou sans parcours, alternatif du système en cage.
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Les études conduites par L'INRA avaient pourtant montré que dans les élevages au sol ou en volière les risques sanitaires pour les consommateurs sont accrus : la fréquence des oeufs cassés ou souillés est augmentée par rapport à l'élevage en batterie ; le parasitisme est plus important, avec par voie de conséquence des traitements plus fréquents et donc des problèmes de résidus médicamenteux dans les oeufs. Sur le strict plan du bien-être animal, les systèmes d'élevage au sol ou en volière offrent bien sûr une plus grande liberté aux poules. Ils augmentent cependant les risques de blessures graves provoquées par les coups de bec des congénères. Ces comportements sont encore mal compris. Ils peuvent aller jusqu'à la mort de l'animal (cannibalisme). On observe dans ces systèmes d'élevage des taux de mortalité plus élevés que dans les élevages en cages.
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La directive prévoit un autre système. Il s'agit de cages aménagées dont la surface disponible est passée, au 1er janvier 2003 en France, de 450 cm2 à 750 cm2 par animal.
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Or les études de l'INRA avaient montré que cet agrandissement de la cage n'apporte aucune amélioration du comportement des animaux. La mortalité due aux comportements de picage augmente même.
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A la station de Nouzilly, l'INRA avait même conduit une expérimentation dans la quelle les poules, en piquant avec leur bec sur un bouton de commande, étaient mises en situation de régler elles-mêmes la dimension de leur cage. Il se trouve que le résultat moyen était plus proche de l'ancienne norme que de la nouvelle !!!
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Encore les méfaits de l'anthropomorphisme !!!
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L'élevage porcin aux Royaume-Uni
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Je terminerai cette partie consacrée à l'anthropomorphisme sur une note ironique, mais pas forcément réjouissante pour autant.
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Il n'y a pas besoin de beaucoup de perspicacité pour se rendre compte que les truies à l'attache, gestantes ou allaitantes, ne manifestent aucun mal-être, ont l'air tout à fait heureuses et même, oserai-je dire par ironie anthropomorphiste, souriantes.
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Quand, pour satisfaire aux desiderata des amis autoproclamés des animaux, repris dans une réglementation européenne, elle ne seront plus à l'attache, et qu'on les réunira dans des cases collectives, après l'insémination, elle seront mutuellement agressives et se blesseront dans les bagarres. Tout le monde sera satisfait : les éleveurs auront gagné en compétitivité, les animaux en bien-être et en tranquillité, la bonne conscience des amis des animaux sera satisfaite, et comme tous les militants incultes ils auront le moral regonflé à bloc et repartiront pour de nouvelles batailles.
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Il y a quelques années les Britanniques ont édicté une réglementation relative au bien-être des animaux dans l'élevage porcin plus exigeante que la norme Européenne. Le résultat ne s'est pas fait attendre : par perte de compétitivité, l'élevage porcin britannique a rapidement périclité. Mais les anglais n'en ont pas pour autant diminué leur consommation de bacon au petit déjeuner. Les importations du continent, notamment en provenance du Danemark et des Pays-Bas, ont donc explosé.
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Les Britanniques ne commettent plus le péché, mais ils consomment le fruit du péché de leurs voisins, Danois et Néerlandais !!!
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Par où l'on voit que l'anthropomorphisme et l'hypocrisie font bon ménage !!!
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Très bref historique de le domestication des animaux
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La domestication la plus ancienne d'un animal par l'homme remonte au paléolithique (l'âge de la pierre taillée), il y a environ 15 000 ans, il s'agit de celle du loup. Les archéologues ont de bonne raison de penser que cette domestication ne soit aucunement intervenue dans un but utilitaire, mais pour des motifs tels que la curiosité, un besoin ludique et plus profondément une pulsion de domination de l'animal et de la nature. L'utilité du chien pour la chasse ne serait apparue qu'ultérieurement.
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Il en aurait été de même de la domestication des premiers herbivores, intervenue au néolithique (l'âge de la pierre polie et des débuts de l'agriculture), chèvres et moutons il y a 12 000 ans et bovins il y a 9000 ans, pour ce qui concerne le Moyen-Orient, l'homme prenant progressivement conscience des avantages qu'il pouvait en tirer.
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S'il en est bien ainsi, on pourrait alors dire que les versets de la genèse ne font qu'exprimer un très ancien atavisme humain.
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Croissez et multipliez ! Remplissez la terre et soumettez-la !
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Je terminerai cette intervention en revenant à l'un des trois versets de la Genèse par lesquels je l'ai commencée :
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« Croissez et multipliez ! Remplissez la terre et soumettez-la ! »
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Ces deux phrases nous disent que la nature est faite pour être dominée par l'homme et non l'homme pour être soumis à la nature. C'est sans doute la première fois dans l'histoire de l'humanité que la nature est ainsi désacralisée. C'est cette désacralisation de la nature qui constituera un moteur extrêmement puissant dans la recherche de sa domination, c'est-à-dire dans la volonté d'échapper à la domination écrasante de la nature sur l'homme lorsqu'il n'est pas armé de la connaissance et de la technique.
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A quoi l'Occident doit-il d'avoir été à l'origine du formidable développement de la science et de la puissance de la technologie moderne ? Sûrement à beaucoup de choses et d'événements, mais qui n'auraient sans doute pas eu lieu ou pas abouti à cela sans trois grandes idées :
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- Première idée, on l'a vue : la désacralisation de la nature posée par l'Ancien Testament.
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- Deuxième idée : la désacralisation du pouvoir politique posée par le Nouveau Testament. “ Mon Royaume n'est pas de ce monde ” et “ Rendez à César ce qui est à César ” ; cette désacralisation fonde le principe de la séparation du pouvoir religieux et du pouvoir politique. En Occident il n' y avait pas de Calife, ni de roi commandeur des croyants, ni d'empereur fils du Soleil. Il y avait d'un côté le Pape et de l'autre l'Empereur. Seule cette séparation des deux pouvoirs peut permettre à la démocratie d'advenir un jour. L'histoire récente semble avoir montré que seule la démocratie, outre tous ses autres avantages, permet à une société de plus en plus complexe et ouverte de se doter d'un système politique qui n'entrave pas le développement économique et social.
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- Troisième idée : les principes de la pensée logique posés par Aristote, principe d'identité, principe de non-contradiction, qui seuls permettent le développement d'un discours scientifique. On doit également à Aristote quelques principes à propos de l'expérience et de sa représentation, à propos des rapports entre la pratique et la théorie. C'est la redécouverte de la pensée d'Aristote et son appropriation intime par les élites intellectuelles dans la dernière période du Moyen-Âge, qui ont préparé et permis l'éclosion de la pensée scientifique de la Renaissance et ont permis de fonder la science expérimentale moderne.
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"Dominer" la nature et la "soumettre" ne signifient pas "ne pas la respecter" ni a fortiori "la saccager". En latin le mot "dominus" désigne le maître qui exploite le "domaine" en bon père de famille, veille à en préserver la fertilité et se soucie de le transmettre en bon état à la génération suivante. Dresser un cheval, la plus noble conquête de l'homme dit-on, c'est bien évidemment le "soumettre", en aucun cas le maltraiter (d'ailleurs les dresseurs vous expliqueront que la maltraitance est la voie la plus rapide vers l'échec).
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L'école humaniste pense que les animaux n'ont pas de droits, mais que l'homme a des devoirs envers sa propre dignité qui lui interdisent d'avoir des comportements cruels envers les animaux et de leur faire subir des souffrances inutiles ; cette morale est à l'origine du droit de la protection des animaux, ce qui est tout autre chose que les droits des animaux
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Aujourd'hui la pensée écologiste vulgaire a le plus souvent tendance à poser que ce qui est de l'ordre de la nature bénéficie d'un a priori positif, tandis que ce qui est artificiel, c'est à dire relève de l'activité humaine, est a priori suspect. Bien entendu sur le plan pratique ce présupposé n'a aucun fondement rationnel.
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En outre, certains représentants de la « deep ecology », autrement dit l'écologie profonde, pensent que, pour assurer l'équilibre écologique de la terre, il faudrait ramener l'humanité à 600 millions d'individus, soit dix fois moins qu'actuellement. Ce chiffre est cohérent avec le fait que le mode de vie des chasseurs cueilleurs, d'avant l'agriculture, nécessitait entre cinq et dix hectares pour nourrir un habitant et que la surface agricole par habitant dans le monde d'aujourd'hui est environ d'un dixième de cette superficie. Le commandant Cousteau faisait partie de ceux qui soutiennent cette thèse. On pourrait résumer celle-ci par un slogan : « Vive la nature sauvage, à bas l'homme ». C'est cela que l'on peut appeler un antihumanisme.
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Je pense que nous assistons aujourd'hui à la montée d'un antirationalisme, antiscientifique et antihumaniste, dont l'écologisme et la défense des droits des animaux ne sont que deux facettes. Celles-ci se parent des atours de la modernité, mais elles ne sont en réalité que de vieilles lunes conservatrices fondées sur la peur du changement et de l'innovation. Comme dit la sagesse populaire : « On sait ce qu'on perd, on ne sait pas ce qu'on gagne ! »
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Je terminerai mon propos par l'appel de Heidelberg lancé le 1er juin 1992 à l'occasion du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro. Cet appel a été signé par deux hommes de bords politiques aussi différents que Raymond Barre et Pierre Bourdieu, mais aussi par une multitude de scientifiques et d'intellectuels, parmi lesquels de nombreux prix Nobel.
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1er juin 1992
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Appel de Heidelberg
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« Nous, soussignés, membres de la communauté scientifique et intellectuelle internationale, partageons les objectifs du Sommet de la Terre qui se tiendra à Rio de Janeiro (Brésil) sous les auspices des Nations Unies et adhérons aux principes de la présente déclaration.
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Nous exprimons la volonté de contribuer pleinement à la préservation de notre héritage commun, la Terre.
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Toutefois, nous nous inquiétons d'assister, à l'aube du XXléme siècle, à l'émergence d'une idéologie irrationnelle qui s'oppose au progrès scientifique et industriel et nuit au développement économique et social.
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Nous affirmons que l'état de nature, parfois idéalisé par des mouvements qui ont tendance à se référer au passé, n'existe pas et n'a probablement jamais existé depuis l'apparition de l'homme dans la biosphère, dans la mesure où l'humanité a toujours progressé en mettant la nature à son service, et non l'inverse.
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Nous adhérons totalement aux objectifs d'une écologie scientifique axée sur la prise en compte, le contrôle et la préservation des ressources naturelles.
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Toutefois, nous demandons formellement par le présent appel que cette prise en compte, ce contrôle et cette préservation soient fondée sur des critères scientifiques et non sur des préjugés irrationnels.
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Nous soulignons que nombre d'activités humaines essentielles nécessitent la manipulation de substances dangereuses ou s'exerçant à proximité de ces substances, et que le progrès et le développement reposent depuis toujours sur une maîtrise grandissante de ces éléments hostiles, pour le bien de l'humanité.
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Nous considérons par conséquent que l'écologie scientifique n'est rien d'autre que le prolongement de ce progrès constant vers des conditions de vie meilleures pour les générations futures.
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Notre intention est d'affirmer la responsabilité de la science envers la société dans son ensemble. Cependant, nous mettons en garde les autorités responsables du destin de notre planète contre toute décision qui s'appuierait sur des arguments pseudo-scientifiques ou sur des données fausses ou inappropriées.
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Nous attirons l'attention de tous sur l'absolue nécessité d'aider les pays pauvres à atteindre un niveau de développement durable et en harmonie avec celui du reste de la planète, de les protéger contre des nuisances provenant des nations développées et d'éviter de les enfermer dans un réseau d'obligations irréalistes qui compromettrait à la fois leur indépendance et leur dignité.
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Les plus grands maux qui menacent notre planète sont l'ignorance et l'oppression et non pas la science, la technologie et l'industrie dont les instruments, dans la mesure où ils sont gérés de façon adéquate, sont des outils indispensables qui permettront à l'humanité de venir à bout, par elle-même et pour elle-même de fléaux tels que la surpopulation, la faim et les pandémies. »
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Parmi les signataires :
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Henri ATLAN, professeur en médecine nucléaire, France.
Marc AUGE, anthropologue, France.
Raymond BARRE, ancien premier ministre, France.
Jacques BARROT, ancien ministre, France.
Alain BOMBART, océanographe, France.
Pierre BOURDIEU, sociologue, France.
François DAGOGNET, philosophe, France.
Umberto ECO, écrivain, Italie.
Marc FUMAROLI, historien, France.
Pierre-Gilles de GENNES, prix Nobel de physique, France.
Eugène IONESCO, écrivain, France.
Philippe KOURILSKY, Institut Pasteur, France.
Henri LABORIT, pharmacologue, France.
Hervé LE BRAS, démographe, France.
Jean-Marie LEHN, prix Nobel de chimie, France.
Michel MAFFESOLI, sociologue, France.
Jean-Claude PECKER, astrophysicien, France.
Ilya PRIGOGINE, prix Nobel de chimie, Belgique.
Jacques RUFFIE, Académie de Médecine, France.
Michel SALOMON, directeur de "Projections", France.
Evry SCHATZMAN, astrophysicien, France.
Lionel STOLERU, économiste, France.
Haroun TAZIEFF, vulcanologue, France.
Maurice TUBIANA, cancérologue, France.
Elie WIESEL, prix Nobel de la Paix, Etat-Unis.
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